Innocents coupables tome 1 (Les), la critique BD
En janvier 1912, quatre jeunes parisiens, Honoré Bonnot, Adrien Pointet, Miguel Agostino et Jean Marguin, condamnés pour une longue durée à la colonie pénitentiaire agricole, « Les Marronniers », subissent les pires humiliations. Ils tentent dès lors de survivre comme ils peuvent dans cet univers hostile, avec leurs propres moyens…
Après de menus larcins, Honoré Bonnot, Adrien Pointet, Miguel Agostino et Jean Marguin sont emmenés à la colonie pénitentiaire agricole, un quartier disciplinaire. Au cours de leur transfert, ils font connaissance et jurent alors qu’ils resteront unis quoiqu’il arrive. Chacun a cependant un caractère différent et, pour survivre parmi des mineurs qui ont perdu toute innocence et moralité, ils vont devoir chercher des moyens pour gagner leur tranquillité. Adrien naïf et peureux, devenant tout de suite la cible des caïds, afin de ne pas subir leurs sévices, préfère combler les ardeurs de leur surveillant Gourdin pour obtenir sa protection. Honoré est quant à lui une tête brûlée et il crie partout qu’il est le fils du célèbre Bonnot pour se faire respecter en affirmant aussi que son père va venir le chercher. Il n’hésite pas à affronter Gourdin et le provoquer, n’ayant pas peur de recevoir des coups. Miguel n’est pas très causant : son problème est qu’il est analphabète. Il demande donc souvent à ses camarades de lui lire les lettres qu’il reçoit. De son côté, Jean, contrairement à ses camarades, a commis un larcin volontairement pour se retrouver au quartier disciplinaire. C’est à Adrien qu’il confie la raison de son acte. En 1907, alors que son père avait quitté le domicile conjugal, sa mère était souffrante. C’est alors son frère Germain qui travaillait pour subvenir aux besoins familiaux et notamment payer les médicaments de sa mère. Il ne voulait pas que Jean travaille et souhaitait qu’il poursuive ses études pour devenir journaliste. Mais un jour, Germain a été pris en flagrant délit de vol et a été envoyé à la colonie pénitentiaire agricole. Peu de temps après, la mère de Jean étant décédée, celui-ci se retrouve seul. Voulant devenir journaliste enquêteur, Jean qui n’a plus de nouvelles de son frère depuis un bon moment sait ce qu’il lui reste à faire. Pour savoir ce qui est arrivé à Germain, Jean décide alors d’aller enquêter sur le terrain. Mais une fois au quartier disciplinaire, personne ne semble avoir entendu parler de Germain. Cependant Jean va tout faire pour connaître la vérité au sujet de l’absence de Germain au quartier disciplinaire. Pendant ce temps, les choses se gâtent pour les trois autres compères qui, voyant les menaces grandissantes des autres mineurs, commencent à se demander s’ils ne feraient pas mieux de s’évader…
UN RÉCIT CHOC MONTRANT LES CONDITIONS DE BAGNE DES MINEURS AU DÉBUT DU XXÈME SIÈCLE
La nouvelle série « Les innocents coupables » parue le 9 mars 2011 dans la collection « Grand Angle » aux éditions Bamboo est scénarisée par Laurent Galandon (« L’envolée Sauvage » chez Bamboo), dessinée et colorisée par Anlor qui signe sa première bande-dessinée avec ce premier tome. Après le premier génocide arménien dont traite la série « Le cahier à fleurs » de Laurent Galandon (dont le deuxième tome est paru le 9 mars 2011), celui-ci s’attaque à un autre sujet différent mais aussi dramatique : celui de la condition des mineurs ayant commis un délit et conduits dans une colonie pénitentiaire agricole. Un sujet peu abordé qui fait pourtant bel et bien partie de l’histoire. Les conditions de détention étaient pénibles et les détenus n’étaient à l’abri d’aucuns sévices de la part des plus forts. Honoré Bonnot, Adrien Pointet, Miguel Agostino et Jean Marguin savent d’ailleurs déjà à quoi s’attendre, c’est pourquoi ils ne comptent pas s’éterniser dans le quartier disciplinaire et surtout, ils ont tous des projets. Ce sont quatre personnalités très différentes mais ils ont un point en commun : s’en sortir coûte que coûte et cela en restant solidaires. Laurent Galandon nous sert donc une histoire à la fois, poignante, bouleversante et dramatique où les adolescents sont en quelque sorte considérés comme du bétail. Ils sont mal nourris et les sanctions en cas de débordement sont inhumaines. Par exemple, tourner inlassablement dans une cour enneigée toute la journée dans un froid glacial, avoir une soupe comme repas et dormir dans une cellule sordide la nuit pendant un nombre de jours bien déterminé. Et c’est sans compter sur les sévices abjects que les mineurs se font entre eux. Il arrive que certains prennent comme giton un petit nouveau. Pour illustrer cette histoire, Anlor qui a un très bon coup de crayon, croque des personnages très expressifs auxquels le lecteur peut s’attacher rapidement. Tantôt ils ont les yeux remplis de larmes, tantôt la haine envahit leur regard tout en gardant l’air innocent de leur jeunesse volée. Les décors intérieurs et extérieurs reflètent aussi les dures conditions de la vie des mineurs. Cela permet au lecteur de s’imprégner à la fois de l’atmosphère glauque de la colonie pénitentiaire agricole et des ressentiments de ces adolescents. Le premier tome « Les innocents coupables » intitulé « Fuites » faisant partie d’un premier cycle en trois tomes permet notamment de compléter ses connaissances sur des actions qui se sont produites avant, pendant et après la première guerre mondiale (1914-1918). Un album qui donne à réfléchir !
Couverture : Les Innocents coupables © Grand Angle pour Bamboo Édition 2011 – Laurent Galandon, Anlor
| FICHE TECHNIQUE | |
| Parution | - |
| Sens de lecture |
- |
| Genre | Historique |
| Nombre de pages |
48 |
| Editeur | Bamboo – Grand Angle |
| Scénariste(s) |
Laurent Galandon |
| Dessinateur(s) |
Anlor |
| Coloriste(s) | Anlor |
| Public concerné |
+14 |
| Prix |
13,50 euros |
| Date de sortie |
9 mars 2011 |
| Site officiel |
angle.fr |
