Toute la poussière du chemin, la critique bd
Après la crise de 1929 aux États-Unis, des milliers de personnes, ayant tout perdu, sont devenues des « homeless » (Sans-abri) errant sur les chemins. Étant réduites à la mendicité et abandonnant leurs enfants, elles cherchent les moyens de survivre. Un impact accentuant aussi la violence et la xénophobie et entrainant des conditions inhumaines pour les ouvriers noirs. C’est dans ce contexte que Tom, un homme qui n’a plus rien, part sur les routes du sud des États-Unis dans l’espoir de trouver un travail. En chemin, un jeune garçon nommé Buck l’accoste et lui demande s’ils peuvent faire un bout de chemin ensemble. Mais Tom refuse. Cependant au moment où il s’apprête à sauter dans un train, Buck le rattrape et se sent obligé de l’aider à monter. Dans le wagon où sont regroupés d’autres clandestins, Tom est admiratif quand il entend Buck lire les histoires de Jack London, son écrivain américain favori. Il est touché aussi par le courage du jeune garçon qui veut devenir marin. Tom un instant aurait aimé suivre Buck, cependant il préfère sauter du train pour suivre seul sa route. Un long périple commence alors pour lui. De nouveau sur la route, il croise un homme en voiture qui lui propose un travail : remplacer un de ses ouvriers noirs qui lui a fait faux bond. Il ajoute violemment qu’il va lui faire la peau pour son comportement et « qu’avec ces gens là il n’y a que des problèmes ». Tom choqué par les propos racistes de l’homme, le lui fait comprendre. Ce dernier le traitant alors de paria, l’expulse de sa voiture d’un violent coup de pied. Tom n’a alors qu’une idée en tête : aller avertir le shérif de la ville des manigances de l’homme. Il tente alors de faire du stop pour arriver le plus rapidement possible, mais aucune voiture ne s’arrête jusqu’au moment où l’une d’elle fonce dans un arbre. Au volant se trouve Monsieur Hammond dont l’état de santé semble plutôt préoccupant. L’homme se rendant à l’hôpital de la ville où voulait se rendre Tom, ce dernier décide donc de l’accompagner. Une fois sur place et Monsieur Hammond en lieu sûr, Tom rencontre le shérif pour lui relater ce qui pourrait se passer. Mais il est arrivé trop tard, l’ouvrier noir est mort et le shérif semble approuver ce meurtre. Tom s’emporte, ce qui lui vaut d’être enfermé. Dans la cellule, un homme de couleur attend sagement d’être exécuté. Il raconte à Tom son histoire en lui montrant que la condition des noirs est intolérable mais que personne ne peut rien y faire. Et Tom n’a pas fini d’être choqué par les événements engendrés par la crise, car d’autres rencontres et récits à faire froid dans le dos l’attendent.
À LA RECHERCHE DE BUCK
Après avoir passé la nuit en cellule, Tom libre, décide de rendre visite à Monsieur Hammond à l’hôpital. Il apprend alors que ce dernier est condamné. Une révélation va le bouleverser : Buck est le fils de Monsieur Hammond. Il s’est enfuit et ce dernier aimerait le revoir avant de mourir. Tom après avoir hésité, accepte la requête de Monsieur Hammond : retrouver son fils en échange d’une certaine somme d’argent. Bien que Tom ait peu d’espoir de retrouver Buck vivant, il se lance à corps perdu dans ces recherches. Il sait très bien que la plupart des enfants livrés à eux-mêmes sont souvent retrouvés assassinés après avoir souvent subi les pires atrocités. Tom entame ses recherches avec une unique photo. Après avoir parcouru un long chemin, il ne trouve personne ayant aperçu Buck. Il est désespéré jusqu’au moment où un jeune homme dit l’avoir vu. Malheureusement il s’avère que ce dernier, affecté par un meurtre qu’il a commis, est totalement fou. Il décide alors de prendre le train pour élargir ses recherches. Mais à mi-chemin, il est obligé de sauter tout comme les autres clandestins car des hommes armés ont stoppé le train pour les tuer. Pendant la course poursuite, tous sont abattus sauf Tom qui réussit à arrêter un automobiliste et à s’enfuir. Le vieil homme, conduisant la voiture, n’a pas l’air étonné de ce qui vient d’arriver à Tom, vu la situation actuelle. Lui-même, sans revenus, se dirige vers la ville pour aller mendier afin de se nourrir. Mais arrivés à l’entrée de la ville un barrage de policiers les empêche de passer. Le vieil homme s’entête et force le barrage. Il est exécuté sur le champ. Tom arrive une nouvelle fois à s’en sortir. Après avoir marché le plus longtemps possible, il finit par s’évanouir. À son réveil, il découvre qu’un homme nommé Morgan lui a sauvé la vie. Ce dernier a un fils du nom de Jimmy. Morgan a certes sauvé la vie de Tom mais il compte bien obtenir son aide. Il vient de braquer une banque et il s’est fait tirer dessus. Tom lui extrait ainsi la balle qui s’est logée dans son épaule. Pendant ce temps, le petit Jimmy s’est éloigné de la maison et arrive près la route où il tombe nez à nez avec les policiers du barrage, à la recherche de Tom. En voyant l’enfant seul, ils se doutent de quelque chose. L’un décide alors de garder Jimmy et les autres de se rendre dans la maison de celui-ci. Morgan voyant les policiers arriver demande à Tom d’aller chercher Jimmy pendant qu’il s’occupera d’eux. Après avoir récupéré le fils de Morgan, Tom retourne voir si ce dernier s’en est sorti. Tous les policiers sont morts mais Morgan a reçu une balle mortelle. Avant de mourir il tient à s’assurer que Tom prendra soin de Jimmy et lui demande une dernière faveur : celle de lui lire les histoires de son livre favori dont l’auteur est Jack London. Tom saisit alors l’ouvrage et découvre qu’il appartenait à Buck. Seul Morgan sait donc ce qui est arrivé à ce dernier, mais aura-t-il le temps de le lui révéler ?
UN RÉCIT INTERPELANT ET POIGNANT
« Toute la poussière du chemin » est un album scénarisé par Wander Antunes (« Ce que le vent apporte ») et dessiné par Jaime Martin. Un ouvrage qui interpelle, car il n’est pas sans rappeler la crise boursière actuelle, et qui montre aussi la détresse de tous ceux qui ont été touchés par la crise de 1929. Pour mémoire, le jeudi 24 octobre 1929 (appelé le jeudi noir), la bourse de Wall Street s’est effondrée engendrant la plus grande crise économique du XXème siècle et de l’histoire. S’en suivent des évènements dramatiques : chômage, suicides, violences, racisme et injustice. Certains sont même prêts à tuer un ami pour lui prendre son travail afin de survivre, comme le constate Tom au cours de son périple. Les conditions qui suivirent l’année 1929 sont d’ailleurs bien loin de l’« American Dream » (Le rêve américain) promettant la prospérité au peuple. Le récit poignant de Wander Antunes montre les désastres suivant la crise, avec le parcours d’un homme lui-même au bord du gouffre. On constate que les conséquences sont multiples et dramatiques telles que les conditions des ouvriers noirs, des clandestins cachés dans les trains ou encore des enfants traqués et éliminés comme des animaux. Une triste réalité dont il est peu fait référence, malheureusement, lors de l’évocation de la crise de 1929. Un récit humain, parfois choquant à cause des actes de certaines personnes, qui permet de remettre les pendules à l’heure en montrant l’envers du décor et l’ampleur de la souffrance du peuple souvent mise à l’écart du contexte financier alors que les deux sont étroitement liés. Le dessinateur Jaime Martin a mis en page l’histoire avec un dessin sobre, accentuant surtout les diverses expressions des protagonistes, montrant leur colère ou leur désespoir. Les traits creusés des personnages, les hommes mal rasés ou bien les haillons qu’ils portent, reflètent toute leur misère. Quant aux personnes mal intentionnées, la haine se dégage de leur visage comme la satisfaction de détruire et de dominer l’autre. En dehors du contexte mis en valeur par les dessins de Jaime Martin au niveau des personnages, le lecteur pourra apprécier les modèles de voitures américaines de l’époque, fidèles aux originaux ainsi que les paysages (plaines arides) et les décors du Sud des États-Unis. Tous ces éléments nous immergent totalement, du moins le temps du récit, dans l’atmosphère qui régnait au sein du peuple américain en 1929 et nous permettent de nous rendre compte d’une partie de ce qu’a été l’enfer de son existence. « Toute la poussière du chemin » est donc un album qui incite à réflexion et qui permet d’analyser plus en profondeur un événement historique désastreux de façon plus objective. Il est disponible depuis le 5 mars 2010 au prix de 15,50 euros. L’ouvrage bénéficie aussi d’un tirage de tête avec jaquette numéroté de 1 à 777 exemplaires, enrichi d’un dessin inédit imprimé sur Modigliani 260 g qui paraitra le 12 mars 2010 au prix de 30 euros.
Couverture : Toute la poussière du chemin par Jaime Martin Wander Antunes © Dupuis 2010
| FICHE TECHNIQUE | |
| Parution | - |
| Sens de lecture |
- |
| Genre | Historique |
| Nombre de pages |
80 |
| Editeur | Dupuis (Collection : Aire Libre) |
| Scénariste(s) |
Wander Antunes |
| Dessinateur(s) |
Jaime Martin |
| Coloriste(s) | Jaime Martin |
| Public concerné |
+16 |
| Prix |
15,50 euros |
| Date de sortie |
5 mars 2010 |
| Site officiel |
dupuis.com |
