Interview de Michaël Nau et Mathieu Esteban !
À l’occasion de la sortie de la série « Linked » aux éditions « Humanoïdes Associés », DigitalUnivers.com vous propose une interview des deux scénaristes Michaël Nau et Mathieu Esteban. Vous pourrez ainsi mieux les connaître, en savoir un peu plus sur la série « Linked » ainsi que sur leurs projets futurs. Nous tenons tout particulièrement à les remercier pour leur sympathie et leur réactivité qui nous a permis de pourvoir réaliser cette interview. En prime, à la fin de celle-ci, vous trouverez une galerie de quelques planches de « Linked » tome 2. Merci à Mathieu Esteban et à Michaël Nau de vous les faire aimablement découvrir !
D.U : Pouvez-vous nous raconter brièvement votre rencontre et votre parcours professionnel. Comment a débuté votre collaboration avec les éditions humanoïdes associés ?
Michaël Nau : Pour le parcours professionnel, c’est assez simple. Comme beaucoup d’auteurs j’imagine, la chance n’y est pas pour rien. Je connaissais Guillaume Dorison depuis pas mal d’années et il savait ce que j’écrivais et ce que j’aimais lire. Après avoir recruté le dessinateur Jesus Orellana, il m’a montré son book pensant que cela correspondrait avec « mon univers ». C’est comme cela que j’ai commencé à écrire pour la collection Graphic Novel des humano’. Peu de temps après, durant une petite entrevue agitée au cours de laquelle j’essayais de promouvoir ma vision d’Alter, j’ai rencontré Esteban qui y était pour Linked.
Mathieu Esteban : Moi j’ai vu de la lumière aux humanoïdes associés alors je suis rentré… Non plus sérieusement, j’ai connu également Guillaume Dorison assez jeune. J’ai commencé à écrire des scénarios à l’âge de 15 ans et après mon Deug de lettres, vu que je ne voulais pas devenir professeur, la voie de l’écriture s’est imposée et c’est ainsi que j’ai proposé mon premier scénario aux Humanoïdes associés. Guillaume Dorison qui voulait monter sa collection Graphic Novel m’a alors contacté et voila comment je me suis retrouvé dans le même bureau que Mickael qui venait lui présenter un premier concept pour Alter. Et comme dit Mickael ce fut une entrevue agitée puisque Guillaume et Mickael ne parvenaient pas à trouver un terrain d’entente sur cette histoire. Il faut croire que trois cerveaux valent mieux que deux puisque c’est quand j’ai proposé une petite alternative que la situation s’est débloquée et que l’avortement d’Alter ne s’est pas fait dans l’œuf. J’étais quant à moi dans ce bureau pour présenter Linked et Guillaume qui avait dû pressentir notre complémentarité a décidé de nous faire collaborer sur nos projets respectifs.
D.U : Qui a eu l’idée de la conception du scénario de « Linked », sachant que vous avez déjà travaillé ensemble sur le premier tome de la série « Alter » ? Est-ce un concept commun ?
Michaël Nau : Esteban est venu avec le concept initial de Linked. Comme je vous l’ai dit, j’étais sur Alter à la base et Guillaume nous a fusionnés en quelque sorte. La structure définitive de Linked s’est un peu faite dans la douleur par contre. Mais, alors que nous luttions pour définir l’avenir de Charlotte, notre relation est passée de professionnelle à amicale. Nous n’en sommes pas encore au stade fusionnel par contre lol.
Mathieu Esteban : Comme Michael le souligne j’étais en effet arrivé dans le bureau de Guillaume Dorison avec sous le bras le concept de Linked. Mais comme le savent ceux qui écrivent, un concept ne fait pas une Histoire donc l’accouchement de Linked se fit dans la douleur. Il y eu donc bien 15 versions différentes (mais insatisfaisante à nos yeux) pour arriver à celle que vous pouvez aujourd’hui lire.
D.U : Pour « Linked », vous êtes vous inspirés de faits ou de personnages réels ?
Michaël Nau : A ma connaissance, Linked ne fait référence à aucun personnage ou faits réels. Tout est pure fiction mais je me souviens de quelques conversations le soir avec des amies pour connaître leurs points de vue sur certaines réactions de nos personnages. Etant un homme, c’est toujours assez délicat d’écrire des personnages féminins sans tomber dans le stéréotype le plus total. Travailler avec une dessinatrice nous a aussi beaucoup aidé. La scène où Charlotte coupe les cheveux d’Alice pour un nouveau départ est une idée de Maria et, en tant que mec, je pense qu’associer ces deux symboles ne me serait jamais venu à l’esprit.
Mathieu Esteban : En effet travailler avec une femme nous a beaucoup aidé pour donner de la profondeur aux personnages féminins. Sinon Michael et moi avons toujours été fascinés par les jumeaux donc le (les) personnage(s) des jumeaux s’est imposé de lui-même. Mais aucun personnage ou faits réels ne nous ont aiguillé à proprement parler dans cette histoire.
D.U : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les différents personnages et leur évolution dans l’histoire, en particulier sur Charlotte, les jumeaux, Alice, Louis ou bien Julien.
Michaël Nau : Pour Charlotte et Alice, il nous tenait à cœur de les voir évoluer, que leur caractère change entre le début et la fin du tome, et de l’histoire bien sûr.
Charlotte parce que c’est l’héroïne et qu’elle se doit d’être une force motrice, de changer les cœurs de ceux qui l’entourent…
Pour Alice, parce que l’idée de découvrir cette force qui réside en chacun de nous et peut nous sortir de l’apathie est fascinante. Il est tellement facile de renoncer à tout que l’on ne se rend parfois plus compte de la différence entre vivre et survivre.
Louis est un alpha male. Lui et Julien sont un peu deux faces d’une même pièce. Louis ne supporte pas d’être faible et Julien est aussi bien attiré par la force que par la faiblesse. D’où son double jeu.
Quant aux jumeaux ils sont une bonne dose de contradiction. Ce sont des éléments du chaos, ce qui est rafraichissant et paradoxalement intriguant puisque leur gémellité en fait des copies conformes. Ils sont différents des autres parce qu’ils sont identiques.
Mathieu Esteban : Pour faire un résumé aussi global par rapport à tous les personnages cités, ce que je peux dire c’est que ce sont tous autant qu’ils sont des personnages subversifs. Il ne faut tout de même pas oublier d’où ils viennent et pourquoi ils sont là. Ce qui est sur aussi c’est que les alliances d’aujourd’hui ne seront peut être pas celles de demain…
D.U : Certains personnages aussi intrigants que les principaux font de brèves apparitions comme le professeur et l’infirmière. En apprendra-t-on plus sur eux dans le deuxième tome ?
Michaël Nau : L’infirmière jouera un rôle plus important volontairement ou non. Dans Linked, les professeurs ou les gardiens représentent diverses facettes du monde adulte. Des adultes en général. D’où leur antagonisme avec les jeunes adultes ou vieux ados prisonniers de l’institut.
Mathieu Esteban : Au delà des facettes je dirais même qu’ils représentent les institutions présentes dans le monde que nous connaissons, les traits ayant été bien évidemment grossis. Il y a aussi un professeur qui verra son histoire s’étoffer ou plutôt s’assombrir je dirais…
D.U : L’Institut Noé cache-t-il beaucoup d’autres secrets, mis à part ceux déjà révélés dans le premier tome ?
Michaël Nau : Beaucoup d’éléments ont été montrés sur l’institut mais pas encore leur raison d’être. Cela dit, Linked, encore plus qu’Alter, est avant tout une histoire de personnages. L’image de fin montre que ce sont leurs interrelations qui comptent.
Mathieu Esteban : Et d’où le choix du titre « Linked » puisque tout est lié dans cette histoire et la fin bouclera une boucle débutée ici dans ce premier tome. Et puis vous imaginez bien qu’on en a gardé sous le pied… enfin je crois…
D.U : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’ancienne occupante de la chambre d’Alice, la mystérieuse Virginie ?
Michaël Nau : Non, on ne peut vraiment pas. Ce n’est pas tant pour l’histoire que pour Alice. En parler avant qu’elle ne franchisse cette étape elle-même ne l’aiderait pas.
Mathieu Esteban : Ah Virginie… Une longue histoire hein ? Une belle histoire… Mais trop longue pour qu’on vous en parle ici…
D.U : Savez-vous déjà, quand le deuxième tome de Linked paraitra ?
Michaël Nau : Quand nous aurons convaincu assez de personnes d’acheter le premier tome ^___^
Mathieu Esteban : Sinon hors ce petit détail le tome 2 est déjà bien avancé donc peu de temps après la tombée des chiffres…
D.U : Quels sont les thèmes ou les univers de bandes dessinées qui vous passionnent ?
Michaël Nau : Je suis essentiellement un lecteur de comics à la base. Mais, dans le comics, j’aime autant les super-héros Marvel que la ligne Vertigo beaucoup plus adulte. Je pense que tous les thèmes ou genres peuvent être abordés. C’est l’exécution qui compte. J’essaie de suivre des auteurs plus que des genres ou des séries.
Mathieu Esteban : Il est vrai que j’ai pour ma part une connaissance en bandes dessinées plutôt franco-belge et une attirance plutôt vers le polar ou la science fiction voire un mélange des deux et une petite note de sensibilité, tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à un conte. Je suis donc friand de Blacksade, la Licorne, ou encore Alim le tanneur
D.U : Comment s’est passée votre collaboration avec Llovet Maria ?
Michaël Nau : Très agréable. Maria est une personne très enthousiaste. Ses seules revendications étaient sur la présentation des scripts en eux mêmes et, je dirais, le rythme de la narration. Il est normal que scénariste et dessinateur essaient de jouer sur leurs forces respectives pour se sentir à l’aise je pense. Pour cela, une bonne communication est essentielle.
Mathieu Esteban : En effet travailler avec Maria a été un vrai plaisir et le terme de collaboration est plein de sens puisque ce fut un réel échange entre elle et nous.
D.U : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le travail des deux dessinateurs Llovet Maria et Jesus Orellana avec qui vous avez collaboré pour « Linked » et « Alter » ?
Michaël Nau : Linked et Alter sont faits directement sur ordinateur. Il n’y a pas de sketches ou de story board. D’un point de vue narratif, tous deux aiment les grands espaces de liberté. Des pages avec de grandes cases et peu nombreuses. Voilà tout ce que je sais sur leurs secrets de fabrication. Ah, si… ils vivent en couple, mais je ne sais pas comment cela joue sur leur travail.
Mathieu Esteban : Je pense que leur vie de couple leur permet d’avoir un avis sur le travail de l’un sur l’autre et là ou nous étions deux scénaristes pour l’histoire je ne suis pas loin de penser qu’Alter comme Linked ont bénéficié de presque deux dessinateurs. C’est a mon sens une chance et une force qu’ils ont puisqu’ils travaillent également comme coloristes ensemble…
D.U : Avec quels autres dessinateurs aimeriez-vous travailler ?
Michaël Nau : oh il y en a plein… Brian Azzarello (100 Bullet), Alex Maleev (Daredevil), John Cassaday (Planetary), J.H.William III (Detective Comics), Jock (The Losers), Chris Bacchalo (Death), Mike Mignola (Hellboy), Stuart Imonen (New Avengers), Tony Harris (Ex Machina), Adi Granov (Iron Man), Joelle Jones (12 reasons I love you), Jamie McKelvie (The Phonogram), … et la liste est encore longue.
Mathieu Esteban : J’en compte un bon nombre dans mes rêves comme Virginie Augustin (Alim le tanneur), Simon Andriveau (Le grand Siecle), Eric et Marc Moreno (Le régulateur), Xavier Philippe (croisade), Bernard Vrancken (IR$), Demare (Merlin), Philippe Buchet (sillage). Et j’en oublie sans doute beaucoup mais ce qui est sur c’est que si jamais un dessinateur désire travailler avec nous ce sera avec joie !
D.U : En ce qui concerne la série « Alter », le tome 2 est-il prévu ? Et si oui, combien pensez-vous faire d’albums ?
Michaël Nau : Cela nous attriste mais, pour le moment, un tome 2 d’Alter n’est pas à l’ordre du jour. Il y a pourtant déjà 2,5 chapitres de dessinés. Nous sommes, en ce moment même, en train de chercher d’autres solutions pour ne pas laisser mourir Alter.
Mathieu Esteban : Si la solution existe elle ne sera néanmoins pas en France…
D.U : Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?
Michaël Nau : Nous n’avons plus rien en production pour le moment mais nous sommes en train de fignoler les présentations de plusieurs autres dossiers BD pour les présenter à des éditeurs.
Mathieu Esteban : En effet nous travaillons d’arrache pied en ce moment pour vous proposer peut être bientôt de nouvelles histoires…
D.U : Quels sont vos projets futurs ?
Michaël Nau : Du space opera, du post apocalyptique et du Chtulhu… grosso modo. Ah oui, et jouer à Mass Effect 2.
Mathieu Esteban : Et t’as oublié Rock Band !! Rahhhh ! Bon et sinon nous sommes en ce moment sur 6 nouveaux projets qui seront sous peu présentés, alors on croise les doigts
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